Comment entres-tu, toi, dans une salle, avant même que la musique commence ?
Tu connais ce moment : avant de paraître, tu rassembles ta présence, tu perçois les regards sur toi. L'espace paraît vide. Il ne l'est pas : il tient déjà la traversée qui n'a pas encore eu lieu. Arbeau écrit cette traversée invisible, choisir un ou une partenaire, la main offerte, la révérence…
Saluer n'est pas une politesse : c'est reconnaître quelqu'un. La rencontre commence là, avant le premier pas.
Saluer, c'est frapper avant d'entrer.
Un chanoine qui danse
À Langres, une petite ville de Haute-Marne, Jean Tabourot, un homme d'Église, juriste de formation, publie sous un pseudonyme : Thoinot Arbeau, l'anagramme de son nom. L'Orchésographie : littéralement « l'écriture de la danse ».
Il a soixante-neuf ans quand il publie. Il écrit des danses qu'il ne danse plus.
Un maître, un élève
Le livre n'est pas un manuel. C'est une conversation, entre Arbeau et Capriol, un jeune homme qui rentre de ses études et découvre qu'il ne sait pas danser. Capriol demande, Arbeau répond, Capriol redemande quand il n'a pas compris.
Capriol n'existe pas. Arbeau l'a inventé pour pouvoir être interrompu : le cours s'écrit à deux, et c'est l'élève qui décide de ce qu'on explique.
Quatre siècles plus tard, un cours tient encore à cela : quelqu'un qui sait, quelqu'un qui demande, et ce qui passe entre les deux.
Avant de danser : entrer
Arbeau ne commence pas par les pas. Il commence par comment on entre.
Arbeau décrit tout le protocole d'entrée en salle de la basse-danse, plusieurs gestes précis, avant le premier pas.
Pour lui, la danse est une façon de montrer qui tu es en société.
- Choisir sa partenaire : Tu ne choisis pas n'importe comment : tu t'engages.
- Enlever son chapeau : De la main gauche. La droite reste libre pour guider.
- Conduire au bout de la salle : Demander aux musiciens de jouer. Tout cela avant qu'un seul pas ne soit fait.
- La révérence : Pas une politesse. Un message : je suis là, je suis attentif, je te vois.
Chez Arbeau, le pas n'est jamais séparé du savoir-vivre. On n'apprend pas à danser d'abord, on apprend à entrer d'abord.
À suivre…
- Ton entrée en salle est déjà de la danse. Comment tu arrives dit déjà quelque chose de ta présence.
- La révérence de fin de cours vient directement de là. Un geste de plus de 400 ans.
- Le rapport à l'autre : ta partenaire, les musiciens, le public, porte la performance.