Fil rouge, ce que ces voix se disent, et là où elles se séparent
Si l'on traverse ces six siècles d'un regard, un fil apparaît, mais ce n'est pas un accord. Toutes ces voix posent la même question, qu'est-ce qui compte, vraiment, quand on danse ?, et y répondent autrement, parfois les unes contre les autres :
- Domenico et Arbeau veulent que la danse se pense et se structure.
- Feuillet, Saint-Léon, Stepanov et Benesh veulent l'écrire : fixer le corps sur le papier pour qu'il survive ; Laban invente sa propre notation, la Cinétographie, tout en pensant l'espace comme une matière.
- Noverre et Delsarte s'inquiètent de l'inverse : un geste juste n'est rien s'il ne dit rien ; Fokine, puis Pina Bausch, le reprendront, le geste doit porter un sens, une mémoire.
- Beauchamp, Blasis, Cecchetti, Vaganova et Balanchine cherchent la ligne : l'ordre, l'aplomb, la patience qui dépose, jusqu'au ballet devenu pure musique.
- Jaques-Dalcroze et les pratiques somatiques demandent d'abord d'écouter : la musique, la sensation, avant de faire.
- Duncan, Graham, Cunningham et Forsythe rompent : chacun renverse à sa façon le corps idéal.
- Judson, le hip-hop et les danses inclusives font apparaître d'autres corps, et déplacent la question : qui a le droit d'entrer dans la danse ?
Aucun ne dit tout à fait la même chose, et les désaccords vont jusqu'à la rupture : Isadora Duncan retire ses chaussures et refuse cet alphabet tout entier ; Martha Graham refuse jusqu'à la légèreté de Duncan. Le fil n'est pas une lignée sage, c'est une dispute tenue sur six siècles.