Module 1

La grammaire du corps

La danse devient langue

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5 min de lecture Écrire la danse Lien : consigne
Les cinq positions des pieds dessinées par Friedrich Albert Zorn dans son atlas de 1887 : cinq paires de pieds vues de dessus, chacune numérotée de la première à la cinquième position.
Les cinq positions des pieds, planche de l'atlas de Zorn — Grammatik der Tanzkunst, Leipzig, 1887.
Source : Library of Congress, Music Division (édition Sheafe, 1905), domaine public.

En 1887, un maître de danse allemand, Friedrich Albert Zorn, publie à Leipzig un livre au titre surprenant : Grammaire de l'art de danser. Pas un atlas, pas un traité. Une grammaire.

Les silhouettes sous la musique

Zorn reprend de Saint-Léon les petites silhouettes alignées sur le temps musical. Mais il fait un choix différent : elles ne sont plus sur la portée. Elles sont en dessous.

Chez Saint-Léon, corps et musique partagent les mêmes lignes. Chez Zorn, ils restent séparés : la musique garde sa portée, le corps a son propre registre, juste au-dessous.

Friedrich Albert Zorn, Odessa 1887

Zorn publie la Grammatik der Tanzkunst. Il y décrit les positions, les battements, les enchaînements de base, et illustre le tout par un solo célèbre : La Cachucha, que Fanny Elssler avait fait triompher à Paris en 1836.

Notation par Zorn de La Cachucha, pas soliste de Fanny Elssler : portée musicale en haut, silhouettes de danseuses dessinées en dessous, alignées avec chaque temps.
La Cachucha notée par Zorn (1887) — la mélodie en portée musicale, les silhouettes alignées en dessous indiquent la position du corps à chaque temps.
Source : Wikimedia Commons, domaine public.

L'école d'Odessa

Zorn n'est ni chorégraphe de l'Opéra, ni virtuose scénique. Il est pédagogue. Pendant près de quarante ans, il enseigne la danse à Odessa. Son livre naît de cette pratique-là.

Ce qui le rend différent : il inclut les exercices de base. Les cinq positions, les battements tendus, dégagés, grands battements, les pliés. Pas seulement des pièces chorégraphiques comme chez Feuillet et Saint-Léon. Le travail de la barre. Le quotidien de l'élève.

L'idée clé

Une notation qui inclut les exercices de base pense d'abord à l'élève, pas au chorégraphe. Zorn choisit cette direction.

Trois systèmes, trois métaphores

En deux siècles, trois façons d'écrire la danse :

1700
Feuillet
La carte
une salle vue du ciel
1852
Saint-Léon
La partition
un corps sur une portée
1887
Zorn
La grammaire
une langue à apprendre

Aucun des trois ne résout tout. La carte rend visible l'espace. La partition rend visible le temps. La grammaire rend visible la structure. Tous butent, au même endroit, sur la qualité du geste — ce qui fait qu'un bras levé devient mouvement. Cette chose-là passe toujours de corps à corps.

Exercice de la semaine

Défi

Prends une combinaison que tu travailles en ce moment à la barre. Écris-la comme une phrase : quels sont tes mots (un tendu, un dégagé) ? Où sont les virgules (les petits arrêts), les points (les fins) ?

Danse-la en pensant à cette phrase. Tu danses mieux quand tu sais où tu vas.