Source : Library of Congress, Music Division (édition Sheafe, 1905), domaine public.
En 1887, un maître de danse allemand, Friedrich Albert Zorn, publie à Leipzig un livre au titre surprenant : Grammaire de l'art de danser. Pas un atlas, pas un traité. Une grammaire.
Les silhouettes sous la musique
Zorn reprend de Saint-Léon les petites silhouettes alignées sur le temps musical. Mais il fait un choix différent : elles ne sont plus sur la portée. Elles sont en dessous.
Chez Saint-Léon, corps et musique partagent les mêmes lignes. Chez Zorn, ils restent séparés : la musique garde sa portée, le corps a son propre registre, juste au-dessous.
Zorn publie la Grammatik der Tanzkunst. Il y décrit les positions, les battements, les enchaînements de base, et illustre le tout par un solo célèbre : La Cachucha, que Fanny Elssler avait fait triompher à Paris en 1836.
Source : Wikimedia Commons, domaine public.
L'école d'Odessa
Zorn n'est ni chorégraphe de l'Opéra, ni virtuose scénique. Il est pédagogue. Pendant près de quarante ans, il enseigne la danse à Odessa. Son livre naît de cette pratique-là.
Ce qui le rend différent : il inclut les exercices de base. Les cinq positions, les battements tendus, dégagés, grands battements, les pliés. Pas seulement des pièces chorégraphiques comme chez Feuillet et Saint-Léon. Le travail de la barre. Le quotidien de l'élève.
Une notation qui inclut les exercices de base pense d'abord à l'élève, pas au chorégraphe. Zorn choisit cette direction.
Trois systèmes, trois métaphores
En deux siècles, trois façons d'écrire la danse :
Aucun des trois ne résout tout. La carte rend visible l'espace. La partition rend visible le temps. La grammaire rend visible la structure. Tous butent, au même endroit, sur la qualité du geste — ce qui fait qu'un bras levé devient mouvement. Cette chose-là passe toujours de corps à corps.
Exercice de la semaine
Prends une combinaison que tu travailles en ce moment à la barre. Écris-la comme une phrase : quels sont tes mots (un tendu, un dégagé) ? Où sont les virgules (les petits arrêts), les points (les fins) ?
Danse-la en pensant à cette phrase. Tu danses mieux quand tu sais où tu vas.