Les pieds

Recevoir le poids

La cheville : le talus qui reçoit tout le corps, la pince qui tient.

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L'anatomie vivante

La cheville est le dernier carrefour avant le sol : elle reçoit ce que la hanche a orienté et ce que le genou a amorti, et elle le confie au pied. Articulation de la réception et de la propulsion, elle porte tout le corps sur très peu d'os.

Planche Bourgery, l'articulation de la cheville

La cheville, la pince qui tient le pied

Les deux os de la jambe descendent enserrer, comme une pince, l'os qui reçoit tout le poids du corps. Cette pince tient la cheville droite, tant que l'appui arrive bien dans l'axe.

Planche de Bourgery & Jacob, Traité complet de l’anatomie de l’homme (1831), domaine public.

Le talus, qui reçoit le poids

Le talus est un os singulier : aucun muscle ne s'y attache. Il ne fait que recevoir et transmettre. Le poids de tout le corps descend par le tibia, se pose sur lui, puis il le répartit : vers l'arrière, dans le talon ; vers l'avant, dans la voûte et les orteils. C'est le pivot de la charge, le point où la verticale du corps rencontre l'horizontale du sol.

La pince des malléoles

Deux os de la jambe descendent enserrer le talus comme une pince, les deux malléoles, ces bosses de chaque côté de la cheville. Entre ces mâchoires osseuses, le talus est tenu et guidé. C'est cette pince qui donne à la cheville sa stabilité : une charnière faite pour tenir droit sous la charge.

Flexion dorsale, flexion plantaire : le relevé

La cheville plie dans un seul plan : elle rapproche le dessus du pied de la jambe (flexion dorsale), ou elle pointe le pied vers le bas (flexion plantaire). La flexion dorsale amortit : c'est elle qui absorbe la réception. La flexion plantaire propulse : c'est elle qui pousse le saut et qui monte le relevé. Recevoir puis renvoyer : toute la danse du sol passe par ce va-et-vient.

Qui fait le relevé ? Le mollet et le soléaire

Cette flexion plantaire, un muscle la commande : le mollet, à l'arrière de la jambe, qui tire le talon vers le haut. Il a deux étages : le muscle superficiel explose dans le saut ; en dessous, plus profond, le soléaire est l'artiste de la demi-pointe. Son talent à lui : il travaille même genou plié, c'est lui qui tient le relevé et garde l'aplomb, debout, sans qu'on y pense. L'endurance de vos demi-pointes, c'est lui.

La fragilité : les entorses

La pince tient bien tant que l'appui reste juste, dans l'axe. Mais si le pied se pose de travers, le talus roule sur le côté et tire sur les ligaments qui bordent la cheville. Les ligaments latéraux, en dehors, sont les plus exposés : c'est là que naît l'entorse, quand la cheville « part » vers l'extérieur. Presque toujours, ce n'est pas la cheville qui lâche : c'est l'appui qui arrivait de travers au-dessus.

Un autre regard

Devant l'exigence du relevé et de la réception, la tentation est de chercher la stabilité par le bas : crisper la cheville, la verrouiller, serrer les orteils pour ne pas trembler. Mais une cheville verrouillée ne reçoit plus rien : elle renvoie le choc vers le genou et la hanche au lieu de l'absorber. La vraie stabilité ne vient pas d'un verrouillage : elle vient d'un appui juste.

L'AFCMD replace la cheville à sa place dans la chaîne : elle reçoit ce que la hanche et le genou décident au-dessus. Si la hanche oriente droit et si le genou voyage vers le pied, alors le talus se pose dans son axe, la pince des malléoles travaille à plein, et la cheville tient sans se raidir.

La cheville est le dernier maillon, celui qui recueille tout : la surveiller, c'est d'abord surveiller la justesse de ce qui lui arrive de plus haut. Un relevé sûr, une réception sans peur, cela se prépare bien avant la cheville.

Les pionniers

Irmgard Bartenieff a étudié les connectivités : comment la hanche, le genou et la cheville dialoguent en spirale, un appui juste se transmettant de proche en proche jusqu'au sol.

Ce qui est relié

Elle est prise entre ce qui l'oriente au-dessus et le sol qui la reçoit en-dessous.

Et côté histoire : cette cheville qui « part » quand l'appui est faux, ces faux départs et ces entorses lorsqu'on force, Nijinsky en connaissait le prix, lui qui, dans « L'Après-midi d'un faune », a rompu avec l'appui académique pour inventer une autre façon de poser le poids au sol.

Pour comprendre

Les muscles et les mots de cette fiche, en clair.

Malléoles & talus (la pince et son os)

Les malléoles sont les deux bosses de chaque côté de la cheville, en bas de la jambe. Elles enserrent comme une pince le talus, l'os qui reçoit tout le poids du corps.

Le soléaire (le muscle de l'équilibre)

Le muscle profond du mollet. C'est lui qui te tient sur demi-pointe et qui garde l'équilibre quand tu restes en suspension : un muscle d'endurance, patient, plus que de saut. Il rejoint le talon par le tendon d'Achille.

Tendon d'Achille

Le cordon qui relie le mollet au talon. C'est le plus gros tendon du corps : il transmet au pied la poussée du mollet, pour le saut et le relevé.

Flexion dorsale & flexion plantaire

Deux mouvements de la cheville. La flexion dorsale remonte le dessus du pied vers la jambe (le plié, qui amortit). La flexion plantaire pointe le pied vers le bas (la pointe, qui propulse).

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