Un jeune danseur s'arrête devant une statue : le Mercure de Giambologna, en équilibre sur un souffle, un pied à peine posé. Il regarde longtemps. Puis il comprend : ce qui tient cette figure, ce n'est pas la force. C'est une ligne.
Ce danseur, c'est Carlo Blasis. De cette statue, il fera une position : l'attitude. D'un mur peint de feuillages entrelacés, il en tirera une autre : l'arabesque.
Sur une jambe, les yeux fermés : qu'est-ce qui travaille pour te tenir ?
En 1820, Blasis publie son Traité élémentaire, théorique et pratique de l'art de la danse. Blasis est l'un des premiers à traiter la danse comme une science du corps : il y a des lois, des appuis, des lignes, et on peut les apprendre.
Une science du corps
Avant lui, on transmettait par imitation : regarde, et refais. Blasis, lui, veut comprendre pourquoi ça tient. Il observe l'équilibre, le report du poids, l'alignement des segments. Il écrit le corps comme un savant écrit la nature.
Son but n'est pas de figer. C'est de rendre le corps lisible et durable : capable d'encaisser des années sans se briser.
L'aplomb
Au centre de tout, un mot : l'aplomb. C'est la verticale secrète qui te tient debout, l'axe qui passe du sommet du crâne jusqu'à l'appui, sans que tu aies à serrer quoi que ce soit.
Attachez-vous surtout à gagner de l'aplomb, et soyez inébranlable dans l'exécution générale de votre danse.
L'axe vient d'abord. Le reste, la ligne, la grâce, se pose dessus.
L'attitude
De la statue de Mercure, Blasis tire une position qui porte encore son nom : l'attitude. Une jambe en l'air, pliée ; un bras qui prolonge la ligne ; un équilibre qui semble suspendu.
L'arabesque vient du même geste, sur un autre mur. Blasis dit l'avoir tirée de bas-reliefs antiques et des fresques peintes au Vatican d'après Raphaël, couvertes de ces feuillages entrelacés qu'on appelait déjà des arabesques. La position porte le nom du décor qu'il regardait.
Deux fois de suite, la méthode est la même. Il regarde une image, et il en fait une position.
Ce n'est pas une prouesse. C'est une ligne qui parle, une seule, claire, tenue. Même à la barre, sur un simple relevé, tu peux chercher cette ligne. C'est elle, l'axe.
À suivre…
Sur une jambe, tout serrer, des orteils à la mâchoire, et l'on vacille. Relâcher, respirer sans quitter son axe, et l'on tient mieux. Voilà l'aplomb, que Blasis fut l'un des premiers à écrire : la force n'est pas dans la raideur, mais dans ce qui reste libre.