« Un corps fait de ces milliers d'épices tout à la fois. La danse de l'individu reflète sa façon bien à lui de combiner cette constellation d'épices d'un instant. »Odile Rouquet
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Cou, atlas, axis, le port de tête
Assis ou debout, laissez la tête reposer, sans la tenir. Dites doucement « oui » : la tête bascule en avant, en arrière, ce hochement se fait tout en haut, juste sous le crâne. Puis « non » : la tête tourne, et ce pivot part encore plus haut. Le oui et le non n'habitent pas le même endroit.
Le port de tête ne se tient pas : il se laisse porter. Une nuque serrée n'est pas stable, elle est figée : l'atlas et l'axis se bloquent, le regard se fixe. Une nuque libre rend à la tête sa mobilité fine et au regard son ouverture. C'est dans la liberté, non la tension, que la tête trouve son juste appui.
Le duo fondateur, le centre du centre
Allongé sur le dos, genoux pliés, pieds au sol. Posez les mains sur le bas des côtes. Respirez sans rien changer. Sentez le mouvement du diaphragme sous vos doigts, cette coupole qui descend à l'inspire et remonte à l'expire. Le psoas est juste devant la colonne, dans cette même profondeur. Quand le souffle est libre, le psoas peut se relâcher.
Le psoas n'est pas qu'un fléchisseur de hanche, c'est un organisateur de la verticalité. Il relie la colonne vertébrale au fémur en traversant le bassin. Quand il est libre et tonique, la colonne s'allonge, le bassin trouve sa neutralité. Quand il se crispe, le diaphragme se verrouille avec lui, et le souffle se bloque dans l'effort. En AFCMD, on apprend à dissocier l'un de l'autre.
Transverse, multifides, plancher pelvien, le corset invisible
Debout, les yeux fermés. Toussez doucement. Sentez ce qui se contracte en profondeur, autour de la taille et dans le bas du ventre. Ce n'est pas le grand droit, c'est le transverse, le plus profond des abdominaux. Il ne fléchit pas le tronc, il le stabilise. Sous lui, le plancher pelvien forme un hamac dynamique à la base du bassin.
Ces muscles s'activent avant le mouvement visible, ils sont la matière du pré-mouvement de Godard. Les multifides stabilisent chaque vertèbre par rapport à sa voisine. Le transverse comprime doucement les viscères. Le plancher pelvien organise la gravité dans le bassin. Ensemble, ils forment un cylindre de pression qui s'ajuste en temps réel, à condition de ne pas le figer dans un gainage permanent.
Les six rotateurs profonds, sentir plutôt que forcer
Assis sur une chaise, pieds à plat. Sans bouger le pied, laissez le genou s'ouvrir lentement vers l'extérieur. Sentez le mouvement naître au plus profond de la hanche, pas au genou, pas au pied. C'est là que vivent les six rotateurs profonds : piriforme, obturateurs, carré fémoral, jumeaux. Des muscles courts, puissants, enfouis sous les fessiers.
L'en-dehors ne se « force » pas depuis les pieds, il se sent depuis la profondeur de l'articulation coxo-fémorale. On visualise la tête du fémur qui roule dans l'acétabulum, le trajet des rotateurs depuis le sacrum jusqu'au grand trochanter. 70 % de la rotation vient de la hanche elle-même. Quand l'en-dehors part de l'intérieur, le genou et la cheville sont protégés.
Le bras naît du dos, pas de l'épaule
Debout, bras le long du corps. Sentez le poids de vos omoplates sur votre dos, deux grandes ailes posées sur la cage thoracique. Maintenant, levez un bras lentement. Sentez l'omoplate glisser, tourner, accompagner. Si l'épaule monte avant le bras : le trapèze supérieur a pris le relais. Recommencez en laissant l'omoplate initier, le bras suit.
Le port de bras se travaille depuis l'omoplate, pas depuis la main. Le trapèze inférieur abaisse et stabilise la scapula. Le dentelé antérieur, grand muscle en éventail sur les côtes, permet la rotation de l'omoplate au-dessus de l'horizontale. Le grand dorsal relie le bras au bassin, quand il est libre, le bras s'inscrit dans une continuité qui traverse tout le dos jusqu'aux doigts.
Un organe sensoriel, pas un simple support
Pieds nus, debout. Fermez les yeux. Sentez les trois arches de chaque pied : l'arche interne (la plus haute), l'arche externe (la plus stable), l'arche transverse (sous les métatarses). Maintenant, essayez de soulever uniquement le gros orteil, puis les quatre autres. Si c'est difficile, c'est normal, les muscles intrinsèques du pied sont souvent endormis.
Le pied contient 26 os, 33 articulations, plus de 100 structures musculaires et ligamentaires. Le tibial postérieur, muscle profond, est le stabilisateur principal de la voûte plantaire. Les muscles intrinsèques, les « mains du pied », donnent la proprioception fine, l'adaptation au sol. Le soléaire assure la tenue prolongée sur demi-pointe. L'AFCMD explore le pied en partant du sol, pas de la cheville.
La structure qui te tient, du crâne aux talons
Debout, penchez-vous lentement vers l'avant en déroulant la colonne, vertèbre par vertèbre. Sentez l'étirement se propager : nuque, dos, lombaires, fessiers, ischio-jambiers, mollets, jusqu'à la plante du pied. Une seule ligne de tension traverse tout le corps. C'est la chaîne postérieure, et elle n'est que l'une des nombreuses chaînes qui vous organisent.
Mézières a montré que les muscles postérieurs fonctionnent comme une seule chaîne. Piret et Béziers ont décrit les spirales de coordination croisée. GDS a identifié six chaînes liées à des attitudes psychocorporelles. L'AFCMD utilise ces lectures pour comprendre qu'un genou douloureux peut venir du pied ou de la hanche ou du thorax, et qu'un port de bras se réorganise depuis le centre, pas depuis le bras.
Genou, cuisse, cheville, recevoir le poids, le renvoyer
Debout, pliez lentement les genoux, un demi-plié, talons au sol. Sentez chaque genou voyager vers le milieu de son pied, et le devant de la cuisse travailler sans se crisper. Puis montez sur demi-pointe : le poids traverse la cheville, se pose sur le talus. Recevoir, renvoyer, les jambes ne portent pas, elles transmettent.
Le genou ne tourne qu'en fléchissant : forcer l'en-dehors au genou, c'est le tordre. La cheville est le dernier relais avant le sol. L'un et l'autre ne font que suivre ce que la hanche décide au-dessus.