Les ruptures

Le corps libre

Isadora Duncan, pieds nus

Isadora Duncan, pieds nus et en tunique grecque, dansant les bras ouverts sur les dalles d'un théâtre antique, le corps libre, rendu à lui-même.
Isadora Duncan au théâtre de Dionysos, Athènes, vers 1903. Domaine public.
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Les modernités

Vers 1900, à Paris, une jeune Américaine monte sur scène pieds nus, en simple tunique grecque, et danse sur du Beethoven, une musique qu'on ne dansait pas.

Pas de pointes, pas de corset, pas de tutu. Isadora Duncan vient de défaire ce que le ballet avait mis des siècles à nouer.

La question de ce cours

Pieds nus, puis en chaussons : qu'est-ce qui change dans ton appui ?

Isadora Duncan (née à San Francisco en 1877 ou 1878, morte à Nice en 1927) est devenue la « mère de la danse moderne ». Avant Martha Graham, avant toute la modern dance, c'est elle qui, l'une des premières, rend au corps sa liberté.

Pieds nus

Le ballet tenait le corps dans un cadre serré : corset, chaussons à pointes, en-dehors, positions codées. Duncan cherche ailleurs. Elle danse pieds nus, le corps libre sous la tunique, dans un mouvement qu'elle veut naturel, inspiré de la mer, du vent, des vases de la Grèce antique.

Et elle ose danser sur la grande musique, Chopin, Gluck, Beethoven, Wagner, qu'on ne destinait pas à la danse. À Berlin, en 1903, elle proclame « la danse du futur » : naturelle, libre. En 1904, elle ouvre sa première école près de Berlin.

Le plexus solaire

D'où part le geste, alors, s'il ne part plus des pieds ni des positions ? Duncan cherche longtemps, immobile, une main sur le ventre. Et elle trouve : le mouvement naît du plexus solaire, ce point au creux du buste, entre le souffle et le cœur.

Isadora Duncan, Ma vie, 1927

Elle raconte être restée de longues heures, les mains croisées sur le plexus solaire, jusqu'à y découvrir « le ressort central de tout mouvement », « l'unité d'où naissent toutes les diversités du mouvement ».

Le geste ne s'exécute plus : il jaillit du dedans.

Naturel ne veut pas dire sans travail. Elle est restée des heures immobile pour trouver ce point, et elle a ouvert une école pour l'enseigner.

La vague

Chez Duncan, un mouvement ne s'arrête pas pour qu'un autre commence. Chaque geste naît du précédent, sans rupture, comme une vague qui en appelle une autre. C'est l'inverse des positions tenues : un flux continu.

On va chercher ça : laisser un geste partir du plexus, et un autre en naître.

À suivre…

Il y a deux façons de lever un bras. L'une part de l'épaule, posée sur le geste. L'autre part de plus loin, du souffle, du ventre, et le bras suit. Duncan ne dansait que la seconde.

Pour comprendre les références

Les noms et les mots du module, en clair.

Isadora Duncan (1877–1927)

Danseuse américaine, considérée comme la mère de la danse moderne. Elle danse pieds nus, en tunique grecque, sur des musiques symphoniques qu'on ne dansait pas, Beethoven, Chopin, Wagner. Elle libère le corps du ballet et invente une autre manière de bouger.

Le plexus solaire

Zone du corps située entre le sternum et le nombril, sous le diaphragme. Pour Duncan, c'est là que naît le mouvement, non plus dans les pieds ni les positions, mais dans un centre intérieur, comme une vague qui se propage.

Danse libre

Nom donné au geste de Duncan et de ses successeurs : une danse sans corset, sans pointes, sans vocabulaire imposé. Ce n'est pas « sans technique », c'est une autre technique, cherchée à partir du souffle et de l'impulsion intérieure.

L'idéal grec

Duncan cherche son inspiration dans la Grèce antique : les vases, les statues, les danses de chœur du théâtre. Elle voit dans cet héritage un modèle d'harmonie entre le corps, la musique et la nature. C'est un idéal reconstruit, propre à son époque.

Beethoven, Chopin, Wagner

Les grands compositeurs symphoniques du XIXe siècle. Avant Duncan, on ne dansait pas cette musique, trop savante, trop dense. Duncan la danse comme d'autres l'écoutent : pour la laisser passer dans le corps.

La danse moderne

Le grand mouvement du XXe siècle qui sort du ballet pour chercher d'autres corps, d'autres gestes, d'autres sources. Après Duncan viendront Martha Graham, Mary Wigman, Merce Cunningham, Pina Bausch, chacun à sa façon.

Écoles Duncan

Isadora fonde plusieurs écoles pour transmettre sa danse : à Berlin, à Paris, à Moscou. Ses « Isadorables », six élèves adoptées, porteront son héritage après sa mort tragique en 1927.