Vers 1900, à Paris, une jeune Américaine monte sur scène pieds nus, en simple tunique grecque, et danse sur du Beethoven, une musique qu'on ne dansait pas.
Pas de pointes, pas de corset, pas de tutu. Isadora Duncan vient de défaire ce que le ballet avait mis des siècles à nouer.
Pieds nus, puis en chaussons : qu'est-ce qui change dans ton appui ?
Isadora Duncan (née à San Francisco en 1877 ou 1878, morte à Nice en 1927) est devenue la « mère de la danse moderne ». Avant Martha Graham, avant toute la modern dance, c'est elle qui, l'une des premières, rend au corps sa liberté.
Pieds nus
Le ballet tenait le corps dans un cadre serré : corset, chaussons à pointes, en-dehors, positions codées. Duncan cherche ailleurs. Elle danse pieds nus, le corps libre sous la tunique, dans un mouvement qu'elle veut naturel, inspiré de la mer, du vent, des vases de la Grèce antique.
Et elle ose danser sur la grande musique, Chopin, Gluck, Beethoven, Wagner, qu'on ne destinait pas à la danse. À Berlin, en 1903, elle proclame « la danse du futur » : naturelle, libre. En 1904, elle ouvre sa première école près de Berlin.
Le plexus solaire
D'où part le geste, alors, s'il ne part plus des pieds ni des positions ? Duncan cherche longtemps, immobile, une main sur le ventre. Et elle trouve : le mouvement naît du plexus solaire, ce point au creux du buste, entre le souffle et le cœur.
Elle raconte être restée de longues heures, les mains croisées sur le plexus solaire, jusqu'à y découvrir « le ressort central de tout mouvement », « l'unité d'où naissent toutes les diversités du mouvement ».
Le geste ne s'exécute plus : il jaillit du dedans.
Naturel ne veut pas dire sans travail. Elle est restée des heures immobile pour trouver ce point, et elle a ouvert une école pour l'enseigner.
La vague
Chez Duncan, un mouvement ne s'arrête pas pour qu'un autre commence. Chaque geste naît du précédent, sans rupture, comme une vague qui en appelle une autre. C'est l'inverse des positions tenues : un flux continu.
On va chercher ça : laisser un geste partir du plexus, et un autre en naître.
À suivre…
Il y a deux façons de lever un bras. L'une part de l'épaule, posée sur le geste. L'autre part de plus loin, du souffle, du ventre, et le bras suit. Duncan ne dansait que la seconde.