L'anatomie vivante
On imagine souvent le squelette comme une structure inerte, une armature figée. C'est l'inverse : l'os est l'un des tissus les plus vivants du corps. Il se construit, se détruit et se reconstruit en permanence, tout au long de la vie.
Le squelette, de face, la charpente vivante
Nos 206 os, assemblés. L'os n'est pas une machine morte : il est vivant, il se répare et se renforce là où on l'utilise bien.
Planche de Bourgery & Jacob, Traité complet de l’anatomie de l’homme (1831), domaine public.
Un tissu qui se refait sans cesse
Dans chaque os, une usine silencieuse travaille sans arrêt : elle construit la matière osseuse d'un côté, la dégrade de l'autre. L'os d'aujourd'hui n'est plus tout à fait celui d'hier.
C'est cette usine qui répare une fracture. Et c'est elle qui, sollicitée par le mouvement, renforce l'os là où il travaille.
Le périoste, la peau sensible de l'os
Une fine membrane enveloppe presque tout l'os, le périoste : sauf aux surfaces articulaires, là où l'os rencontre un autre os. Cette membrane est richement vascularisée et innervée : c'est elle qui nourrit l'os, c'est elle aussi qui rend la douleur si vive quand on se cogne le tibia. Le périoste est encore l'atelier de la croissance en épaisseur : c'est depuis sa couche interne que l'os s'épaissit et se renforce. La sensation que vous avez perçue en tapotant le tibia, c'était lui.
Un autre regard
On apprend souvent le squelette comme une planche anatomique : des pièces numérotées, une mécanique de leviers. Utile pour nommer. Trompeur pour danser.
Car l'os n'est pas une machine morte qu'on déplace. C'est un organe qui répond à ce qu'on lui demande.
Il se construit par la charge. Un appui juste, un poids bien reçu : il se renforce là où il travaille.
La qualité du geste dessine ainsi la matière même du corps. Le danseur ne fait pas que bouger son squelette, il le fabrique, appui après appui.
Sentir sa charpente, ce n'est pas apprendre une carte. C'est reconnaître que ce qui nous porte est vivant, et qu'il garde la trace du mouvement juste. L'os bien employé dure toute une vie de danse.
Les pionniers
Irmgard Bartenieff a montré que le corps se pense en connexions : l'os n'est jamais isolé, il transmet la charge de segment en segment.
Ce qui est relié
La charpente ne se lit jamais seule : elle est ce sur quoi tout le reste s'organise.
Et côté histoire : cette charpente qu'on apprend à lire dans le corps, les traités fondateurs cherchaient déjà à l'écrire, coucher le geste sur le papier, fixer une architecture du mouvement pour la transmettre. La charpente qu'on code aujourd'hui dans le ressenti prolonge ce geste ancien : donner une structure à ce qui, sinon, s'efface.
Pour comprendre
Les mots de cette fiche, en clair.
La fine membrane vivante qui enveloppe l'os. C'est elle qu'on sent quand on tapote le tibia : l'os n'est pas une pierre morte, il est innervé, traversé de vaisseaux. C'est aussi par elle que l'os s'épaissit et se renforce.
Un os n'est pas plein comme un caillou. En surface, une couche dure et solide : l'os cortical. À l'intérieur, une matière plus légère, pleine de petits vides comme une éponge : l'os spongieux. C'est lui qui amortit les chocs quand on retombe d'un saut.
Un os long, comme le fémur de la cuisse, a un long milieu, la diaphyse, et deux extrémités renflées, les épiphyses. Le milieu fait levier pour le mouvement ; les bouts s'emboîtent avec l'os voisin pour former l'articulation.
Le point où un muscle vient s'attacher sur l'os. Il s'y accroche par le périoste. Quand le muscle se raccourcit, il tire sur cette attache : c'est comme ça que l'os bouge.