Un professeur de chant, à Paris, perd la voix. Sa carrière de chanteur s'arrête net. Alors il se met à observer : dans la rue, au théâtre, aux enterrements, il regarde comment les corps disent ce que les mots taisent.
Il s'appelle François Delsarte. De cette observation patiente, il tirera tout un système, qu'il n'écrira jamais.
Une émotion qui te traverse, où, dans ton corps, trouve-t-elle son geste ?
Delsarte n'a pas laissé de traité. Son enseignement nous est venu par ses élèves, qui ont recueilli ses principes, comme Geneviève Stebbins, dont le Delsarte System of Expression paraît en 1886. Et c'est déjà une leçon : ce qu'il transmet ne tient pas dans un livre, mais dans une manière de regarder le corps.
Un maître sans livre
Pourquoi rien écrit ? Parce que ce qu'il cherche ne se range pas en règles. Delsarte traque quelque chose de fuyant : le lien entre l'état intérieur et le geste qui le trahit.
La loi de correspondance
L'un de ses principes, la loi de correspondance, tient en une phrase : chaque mouvement du dedans a un signe au dehors. La peur resserre. L'élan ouvre. Le doute retient. Le corps parle avant les mots, souvent malgré nous.
Le geste ne décore pas l'émotion. Il la révèle. On ne joue pas la joie : on la laisse passer, et le corps s'en charge.
Où vit l'émotion
Delsarte observe que tout ne se loge pas au même endroit. L'élan vital part des appuis et des jambes ; l'émotion habite le buste, le souffle ; la pensée se lit dans la tête, le regard. Trois étages d'un même corps.
Ce n'est pas une carte à apprendre. Un mouvement intérieur, aller vers ou se retirer, se loge quelque part en premier, et c'est cet endroit-là qui intéressait Delsarte.
À suivre…
Delsarte n'a pas trouvé son système dans un studio. Il l'a cherché dans la rue, dans les jardins, dans les hôpitaux, partout où des gens ne savaient pas qu'on les regardait.
Un bus, une salle d'attente : une épaule, une nuque, deux mains posées. Ce que la personne ressent, personne n'en sait rien.
Ce qui se voit, c'est l'endroit du corps où ça se tient. C'est là qu'il a commencé.
Delsarte lisait les brouillons du corps.