Un professeur de musique, à Genève, observe ses élèves : ils lisent parfaitement les notes, comptent juste sur le papier… et perdent le tempo dès qu'ils jouent.
Alors il leur demande de poser les partitions, et de marcher. C'est Émile Jaques-Dalcroze. Il vient d'inventer la rythmique.
Par où la musique entre-t-elle en toi ?… avant que tu ne bouges ?
En 1920, Jaques-Dalcroze pose une idée simple et radicale : le rythme ne s'apprend pas avec la tête, il s'apprend avec le corps.
Pas dans la tête
Compter « un, deux, trois, quatre » dans sa tête, c'est le début. Le rythme qui ne se perd pas, lui, passe par les reins, le souffle, le poids. Il s'éprouve avant de se comprendre.
La rythmique
Sa méthode : faire passer la musique par le mouvement. Marcher la pulsation. Frapper les accents. Respirer les débuts de phrase. Suspendre sur les silences. Le corps devient l'instrument qui comprend la musique.
Toutes les nuances du temps […], toutes les nuances de l'énergie […], nous pouvons les réaliser avec notre corps, et l'acuité de notre sentiment musical dépend de l'acuité de nos sensations corporelles.
La musicalité n'est pas un don réservé à quelques-uns. C'est une pratique : elle s'éprouve, se marche, se respire, et donc elle se travaille.
Avant de bouger, sens où est la pulsation. Le geste juste vient après l'écoute juste.
Écoute avant de faire
De là, une règle d'or, qu'on répète encore dans chaque studio : écoute avant de faire. Vingt secondes d'écoute immobile valent mieux qu'un départ précipité et faux.
Écouter avant de partir, c'est comme viser avant de lancer.
On ne va pas danser tout de suite. On va d'abord marcher la pulsation.
À suivre…
Deux danseurs peuvent être « sur le temps », et pourtant l'un compte dans sa tête, l'autre a la musique dans les reins. Chez toi, où est-elle entrée : les pieds, le souffle, le ventre ? Danser en musique, c'est la laisser descendre du compte jusqu'au corps.