Les traités fondateurs

L'alphabet des mouvements

Vladimir Stepanov et la danse sur portée

Une page de La Bayadère notée dans le système de Stepanov : les mouvements du corps portés sur des portées musicales, avec des diagrammes des formations de groupe et des annotations manuscrites en russe.
La Bayadère, notée dans l'alphabet des mouvements de Vladimir Stepanov, collection Sergueïev, vers 1900. Domaine public.
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Écrire la danse

En 1999, sur la scène du Théâtre Mariinski de Saint-Pétersbourg, La Belle au bois dormant de Marius Petipa reparaît, relevée presque telle qu'à sa création de 1890, à partir d'un vieux carnet de notation.

Ce carnet repose sur le système d'un danseur mort à vingt-neuf ans, en 1896 : Vladimir Stepanov.

La question de ce cours

Une danse que tu connais par cœur : qu'est-ce que tu ne saurais pas écrire ?

Avant Stepanov, une danse mourait avec ceux qui l'avaient dansée. Feuillet avait dessiné le sol, Saint-Léon le temps musical : mais comment fixer le corps entier, articulation par articulation ? C'est la question qu'un jeune danseur du Mariinski va prendre à bras-le-corps.

Un danseur anatomiste

Vladimir Ivanovitch Stepanov (1866-1896) danse au Théâtre Mariinski de Saint-Pétersbourg. En parallèle, il étudie l'anatomie à l'université. C'est de là que naît son idée : pour écrire la danse, il faut d'abord comprendre comment le corps, mécaniquement, bouge.

En 1892, il publie à Paris un petit livre au titre limpide : Alphabet des mouvements du corps humain.

Vladimir Stepanov, Paris 1892

Le sous-titre dit tout le projet : « essai d'enregistrement des mouvements du corps humain au moyen des signes musicaux. » La danse s'écrit comme une partition.

Le corps sur une portée

Là où Saint-Léon dessinait des silhouettes, Stepanov va plus loin : il décompose chaque mouvement en éléments simples, articulation par articulation : flexion, extension, rotation, direction. Et il les inscrit sur une portée, comme des notes.

Le corps entier devient lisible sur la page : non plus seulement les pieds ou le tracé au sol, mais le détail de chaque membre, à chaque instant.

La danse qui revient

Stepanov meurt jeune, en 1896. Mais son système est repris : amélioré par Alexandre Gorski, il sert à noter le répertoire du Ballet impérial. Après la révolution de 1917, le régisseur Nicolas Sergueïev emporte ces partitions hors de Russie.

Ces carnets, la « collection Sergueïev », sont aujourd'hui conservés à l'université Harvard (depuis 1969). C'est grâce à eux que des chorégraphes ont pu reconstituer les ballets de Petipa : La Belle au bois dormant par Sergueï Vikharev en 1999, puis par Alexeï Ratmansky. La danse écrite a tenu sa promesse.

À suivre…

Un geste dansé s'efface à l'instant où il naît. Stepanov a voulu le retenir sur le papier, comme on garde une musique. Mais tout ne s'écrit pas : il faut choisir.

Pour comprendre les références

Les noms et les mots du module, en clair.

Vladimir Stepanov (1866–1896)

Danseur russe au Théâtre Mariinski et anatomiste. Mort à vingt-neuf ans. Le peu qu'il a écrit, un mince livret publié à Paris, a fait revivre, un siècle plus tard, les ballets de Petipa qu'on croyait perdus.

Alphabet des mouvements du corps humain (1892)

Titre du petit traité de Stepanov, publié à Paris en français. Il propose d'écrire le corps entier sur une portée musicale, articulation par articulation, chaque partie du corps a son signe, chaque signe sa position.

Théâtre Mariinski (Saint-Pétersbourg)

Grand théâtre impérial russe. Stepanov y danse et y enseigne son système à l'école du ballet. Une partie du répertoire de Petipa y sera notée grâce à sa méthode.

Marius Petipa (1818–1910)

Chorégraphe français à Saint-Pétersbourg. Il crée plus de soixante ballets. Sans les notations Stepanov conservées à Harvard, beaucoup seraient perdus, Stepanov est le passeur silencieux du répertoire russe.

Le fonds Sergueïev

Nicolas Sergueïev, régisseur du Mariinski, emporte les cahiers de notation Stepanov quand il fuit la Russie en 1918. Ils arrivent à Harvard, où ils dorment jusqu'à ce qu'on les redécouvre, et qu'on remonte, à partir d'eux, les ballets de Petipa dans le monde entier.

Portée musicale

Les cinq lignes horizontales sur lesquelles s'écrit la musique. Stepanov les utilise pour la danse : chaque ligne correspond à une partie du corps (tête, tronc, bras, jambes, appui), lue horizontalement dans le temps.

Notation du mouvement

L'idée d'écrire la danse pour la conserver. Il en existe plusieurs systèmes historiques : Feuillet (1700), Saint-Léon (1852), Stepanov (1892), plus tard Laban et Benesh au XXe siècle.